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Mme Annick LE MESCAM
Infirmière Générale - Directeur du Service
de Soins
Et les Infirmiers - CHRU de RENNES
Visites dans les établissements
hospitaliers
TÉMOINS et PARTENAIRES pour la SANTÉ
Tels sont les mots qui peuvent qualifier ces hommes
et ces femmes dont il m'a été demandé
de parler. Intervenants non professionnels présents
et actifs dans nos unités de soins, ils ont, par leur
persévérance, attentions multiples, disponibilités
et discrétion, influencé le milieu hospitalier
:
acceptation par les soignants de la présence sur les
lieux de leur travail d'un bénévolat enrichissant
les soins, attentionné, et aidant pour la personne
soignée.
L'Association des Laryngectomisés et
Mutilés de la Voix, votre Association, vous-mêmes,
membres engagés et acteurs, êtes l'exemple de
cette humanité, de cette solidarité, qui a su
s'organiser pour apporter de l'aide et donner une plus grande
sérénité aux personnes soignées.
Je ne peux que remercier publiquement nos visiteurs
rennais connus et reconnus, si disponibles, si délicats
et si fidèles, dont la collaboration sans faille est
tellement appréciée :
- Merci M. AUBRY pour le travail réalisé avec
l'équipe d'ORL... votre efficacité, vos apaisements.
- Merci M. SEVENO, en particulier pour les messages que vous
avez su semer auprès de nos jeunes collègues
étudiantes infirmières.
- Merci M. et Madame ROUSSEAU pour cette collaboration récente,
mais de si bonne augure.
- Les attentes et les besoins de la personne soignée
sont importants.
- Le visiteur a toute sa place.
- L'équipe de soins a ses droits et ses devoirs.
La personne soignée qui est avant tout
:"un être unique qui a des attentes et des besoins
biologiques, sociaux et culturels, un être en perpétuel
devenir et en interaction avec son environnement, un être
responsable, libre et capable de s'adapter, un tout indivisible",
mais dont la vie brusquement se déchire.
"La maladie est la rupture d'un équilibre, d'une
harmonie, un signal d'alarme se traduisant par une souffrance
physique, psychologique,. une difficulté ou une inadaptation
à une situation nouvelle, provisoire ou définitive".
(Définitions extraites d'un Guide du Service Infirmier).
Face à cet événement pouvant
aller jusqu'au rejet social de l'homme et de son entourage,
- l'équipe de soins,
- la famille, les amis, les proches,
ont à articuler leurs actions pour que, devant les
besoins exprimés, les meilleures réponses puissent
être apportées: qu'elles soient d'ordres physique,
moral, social ou culturel.
De nouveaux acteurs de santé sont petit à petit
venus enrichir le réseau social nécessairement
complémentaire : bénévoles, volontaires,
délégués, aides, visiteurs... tels sont
les différents titres utilisés.
La citadelle hospitalière a été difficile
à conquérir. La santé est un secteur
particulièrement balisé au plan professionnel.
Mais le bénévolat, cette nouvelle forme de solidarité,
l'a emporté.
C'est le retour de l'entraide dans une société
qui redécouvre, qu'en elle cohabitent des riches de
plus en plus riches et des pauvres de plus en plus pauvres.
Quels sont ces nouveaux acteurs ?
Quel en est leur champ ?
On peut mentionner trois dimensions fondamentales
du bénévolat :
- Le rapport à l'autre. S'il n'y a pas au moins deux
personnes concernées, il n'y a pas de bénévolat.
Le bénévolat implique service à autrui,
service à son prochain.
- La non contrainte. Le bénévolat est une action
absolument non contrainte. Il n'y a aucune obligation à
être bénévole.
- Le don. Le don est la troisième caractéristique
du bénévolat puisque celui-ci est, par définition,
un acte qui ne reçoit aucun salaire monétaire.
L'acte tout à fait bénévole n'est pas
rémunéré.
Je voudrais rajouter, pour vous, avec vous,
la notion de témoin. "Le témoin",
selon le Larousse, est "la personne qui rapporte ce qu'elle
a vu, su, entendu... la preuve matérielle". Je
préciserais la preuve physique, morale, de ce qu'elle
a vécu, qu'elle prend en compte, pour assister l'autre.
En effet, vous les visiteurs, vous les délégués
de l'Association des laryngectomisés, vous êtes
bien :
- d'anciens opérés,
- des membres d'une Association,
- des individus ou des couples disponibles pour témoigner,
- vous êtes connus et reconnus dans les institutions,
- vous disposez de sources multiples d'information,
- vos attitudes et vos qualités vous permettent d'intervenir
avec disponibilité, tact et efficacité au coeur
des équipes de soins pour le plus grand bénéfice
de la personne soignée.
L'intégration des visiteurs dans une
équipe de soins ?
Deux conditions s'imposent :
- D'une part, la nécessité de partager tous
le même objectif, considérer la personne soignée
avec l'ensemble de ses besoins exprimés ou non exprimés,
et vouloir pour elle et sa famille les réponses les
meilleures.
- D'autre part, l'organisation des interventions ou de la
présence de visiteurs doit être rigoureusement
définie. Elle constitue un facteur déterminant
de l'intégration dans l'équipe de soins.
Les effets constatés :
- Une présence disponible. La personne soignée
le découvre pour l'aide aux grandes décisions,
mais aussi dans la résolution des petits problèmes.
- Un relais avec la famille.
- Un complément aux actions dispensées dans
les équipes de soins. Le visiteur a un impact évident
sur la personne soignée au niveau de sa sécurité,
de sa tranquillité, de son bien-être.
- Un apport extérieur, un témoignage d'épreuves
vécues, un espoir pour la vie.
Pour terminer, je voudrais encore remercier
:
Vous, les membres de l'Association des laryngectomisés,
mais aussi tous les bénévoles et aides, qui
enrichissez nos pratiques pour mieux soigner.
Vous introduisez dans le milieu hospitalier une dimension
de bienveillance, bénévoles vous n'êtes
pas les porteurs d'une idée abstraite mais vous êtes
une incarnation de la bienveillance.
Vous êtes les garants d'un cap à garder. Vous
êtes les témoins de ce que nous avons essayé
de faire, qui reste et qui doit rester quelque chose d'autre
que ce qui se fait habituellement à l'Hôpital.
Votre présence est un appel exigeant à maintenir
l'orientation définie ensemble pour la personne soignée.
Merci pour votre attention.
Dr Patrick BAGOT Service O.R.L.
Clinique Mutualiste "La Sagesse" RENNES
Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,
Après Mme LE MESCAM, je viens vous apporter
mon éclairage de témoin de "la visite dans
les établissements hospitaliers". Je suis en effet
ORL depuis 1975, d'abord à MORLAIX dans le Finistère
puis à RENNES depuis 1978. Je suis partisan convaincu
de l'importance de cette visite auprès des futurs opérés
du larynx,
je ne peux qu'apporter ma vision forcément incomplète,
fruit d'une collaboration active depuis 20 ans avec ce visiteur.
Nous situerons d'abord ce visiteur : qui est-il
?
Avant de répondre à la question quand intervient-il
?
Et enfin comment ? Qui est le visiteur hospitalier auprès
des futurs opérés du larynx ?
Habituellement, il s'agit d'un homme de la cinquantaine,
ancien laryngectomisé, ayant acquis une bonne voix
oesophagienne motivé dans sa démarche de visiteur
par son histoire personnelle.
Plutôt jovial, il est d'abord généreux,
volontaire, interpellé par la maladie de l'autre. Organisé,
il arrive à se rendre disponible... malgré une
reprise d'activité professionnelle. Responsable, soucieux
d'efficacité malgré le petit nombre, il se tourne
naturellement vers l'Association pour réunir le maximum
de compétences.
Quand le conjoint participe activement à cette démarche
et à ce combat, la qualité de la relation au
futur opéré et à son épouse s'en
trouve grandement facilitée.
Le Docteur LUBOINSKY a souligné la place du conjoint
dans l'accompagnement de l'opéré du larynx :
je m'émerveille toujours de rencontrer cette continuité
dans le temps et même l'entraide aux futurs opérés
et à leur famille !
Quand intervient-il ?
Au préalable je tiens à souligner
les liens de confiance, d'estime et même d'amitié
qui se sont tissés entre le chirurgien ORL, l'opéré
d'hier et le visiteur d'aujourd'hui. Naturellement, les contacts
se sont étendus et les échanges avec la Surveillante
du Service, les infirmières, les orthophonistes, deviennent
rapidement personnalisés : chacun garde sa place mais
respecte la compétence de l'autre, tous au service
de l'opéré et de sa famille.
Concrètement, c'est lors d'une 2e consultation externe,
bilan final aboutissant à l'indication du traitement
chirurgical, que doivent s'ouvrir les portes des différents
acteurs : le visiteur, ancien opéré, est un
intervenant privilégié : sa rencontre fait partie
de l'information due au malade, "du consentement éclairé"
cher aux juristes.
Habituellement, le rendez-vous entre le visiteur et le malade
est pris dans la foulée de cette consultation-bilan,
dans la semaine précédant l'intervention, par
l'ORL ou par la surveillante, au téléphone.
Le lieu de ce premier rendez-vous, dans le Service ou au domicile
dépendra des interlocuteurs. Ce premier rendez-vous
doit être privilégié et l'emploi du temps
du futur opéré doit l'inclure au même
titre que les autres intervenants médicaux et paramédicaux.
Chacun en est convaincu ! La mobilisation de la personne malade
s'en trouve habituellement augmentée parallèlement
à l'information transmise par un coIIègue :
sa présence et la parole retrouvée prouvent
que le combat peut être gagné. Cette démarche
du visiteur n'est pas concurrente du "plan d'enseignement
infirmier" (présenté par le Docteur LUBOINSKI),
elle est complémentaire, ayant valeur de témoignage
vécu, et restant en lien avec ce quotidien que l'opéré
retrouvera à sa sortie.
D'ailleurs cette première rencontre en
annonce d'autres :
- dans la période post opératoire, ayant valeur
de SYMBOLE, "je ne vous oublie pas",
- dans les moments de désarroi : le visiteur a laissé
son téléphone ou celui de la permanence de l'Association..Comment
se déroulent ces visites ?
Je ne peux parler que du retentissement toujours positif de
ces visites sur l'opéré et sur l'équipe
soignante.
- Les visites sont toujours originales dans leur déroulement
Informé du jour de cette visite,
j'ai pu rencontrer et échanger quelques paroles avec
le visiteur dans la chambre du futur opéré.
L'essentiel n'est pas toujours dans les mots mais dans les
gestes simples : un climat de confiance s'installe et chacun
sait l'enjeu pour l'avenir.
Je sais aussi les prodiges qu'a réalisé
le visiteur pour se libérer après une journée
de travail à travers chantier ou campagne. Un retard
dans l'appel par l'équipe soignante ou une intervention
relativement urgente n'ont pas permis la sérénité
d'une rencontre importante.
- Le visiteur est un "écoutant" des inquiétudes
exprimées par le futur opéré ou par sa
famille.
- La communication vocale est cette première préoccupation
(pour 37 % des futurs opérés comme l'a souligné
le Docteur LUBOINSKY).
Le visiteur présent, debout, peut "parler"
de ce qu'il connaît
l'ardoise du premier jour post opératoire,
les premiers mots en voix oesophagienne sous la direction
de l'orthophoniste,
oui, je peux reparler "même si ce chemin
est long et difficile", (cf. Livret ancien de J. FRANCOIS),
- Les problèmes professionnels sont la deuxième
source d'inquiétude par ordre d'importance (15 % des
opérés). A travers l'évocation des problèmes
administratifs, d'arrêt de travail, la proposition d'une
carte d'invalidité, le visiteur saura susciter les
questions et déclencher un dialogue dès la phase
pré opératoire.
- Le visiteur n'est pas un solitaire :
1 - Il est parfois par bonheur accompagné de son épouse.
2 - Avec l'équipe soignante du service chirurgical,
avec l'orthophoniste, il lutte contre l'exclusion de l'opéré
laryngectomisé.
- Il répondra à la question : le cancer est-il
contagieux ? NON ! NON ! Le cancer du larynx n'est pas contagieux
ni pour la famille ni pour l'entourage.
La réinsertion sociale passe aussi par les mesures
d'hygiène autour du trachéostome, filtres respiratoires
MUTIVOIX, etc.
La revue de l'Association crée certainement
un lien dans et hors de la région, diffusant adresses,
innovations techniques, lieux de permanences dans nos villes
et quartiers pour faciliter les rencontres avec d'anciens
opérés.
La visite hospitalière ouvre sur la prévention
auprès des jeunes scolaires et je sais le travail réalisé
par le visiteur dans la prévention ANTITABAC au niveau
de notre ville de RENNES et de son district.
EN CONCLUSION
La démarche de la visite de l'établissement
hospitalier relève d'abord de la conviction de leurs
acteurs, disponibles et compétents, toujours respectueux
de la personne malade, demandeur de ce message d'espoir.
CONGRES DE RENNES
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