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Le nez du laryngectomisé
Conférence de Mr D. TROTIER (CNRS Massy)
La suppression du passage naturel de l'air
par les cavités nasales entraîne de nombreux
inconvénients chez les laryngectomisés.
D'une part, l'air inspiré n'est plus efficacement réchauffé
avant son entrée dans les poumons. Lors de la respiration
nasale naturelle, l'air est en effet freiné, réchauffé
et humidifié lors de son passage au-dessus des cornets
qui occupent une grande partie du volume des cavités
nasales (voir Figures). Le réchauffement est particulièrement
efficace : certaines mesures indiquent que si la température
de l'air est en dessous de 0°C à l'extérieur
du corps, elle atteint environ 24°C après son passage
par les cavités nasales et avant son entrée
dans les poumons. Ce réchauffement naturel est important
pour une bonne physiologie pulmonaire. Il disparaît
lorsque l'air passe le trachéostome et, à notre
connaissance, aucune solution de remplacement n'est proposée
aux opérés français à ce jour.
La suppression du passage de l'air par le nez
entraîne également la baisse de l'odorat signalée
environ par la moitié des opérés. En
effet, les neurones qui détectent la présence
des substances odorantes sont situés dans la région
la plus haute des cavités nasales. Ces neurones transmettent
l'information au cerveau via le bulbe olfactif. Chez les sujets
normaux, l'air odorisé qui pénètre par
les narines lors du flairage se dirige vers cette région
olfactive.
Chez les laryngectomisés, le flux d'air
nasal est très réduit, si bien que l'air ne
parvient que difficilement à cette région :
les patients se plaignent d'avoir perdu l'odorat. D'après
certains travaux américains, il apparaît que
l'utilisation d'une prothèse reliant le trachéostome
à la bouche permet de restaurer en partie le passage
de l'air par le nez lors de la respiration. Il en résulte
une réapparition de la perception olfactive ce qui
indique que l'odorat des opérés est encore fonctionnel,
en l'absence, bien entendu, de pathologie nasale. Il serait
Intéressant de poursuivre les études de conception
de prothèses permettant une restauration efficace du
flux d'air nasal pour restaurer l'odorat des opérés.
Les substances odorantes peuvent également
atteindre la région olfactive depuis la bouche. En
effet, il existe de larges ouvertures, les choanes, qui font
communiquer la cavité buccale et les cavités
nasales. Lorsqu'un aliment est en bouche, les substances odorantes
diffusent par ces ouvertures vers la région olfactive
nasale. C'est ainsi que nous apprécions quotidiennement
l'arôme des aliments. Cette communication bouche nez
est maintenue chez les laryngectomisés, et beaucoup
d'opérés indiquent qu'ils perçoivent
les substances odorantes en bouche.
Cependant, puisque cette perception olfactive
par voie buccale est fondamentale lors de la prise alimentaire,
on devrait essayer de mieux comprendre comment la rendre plus
efficace. Tous les facteurs permettant de faciliter la remontée
de l'air par les choanes, par mouvement des muscles bucco-pharyngés
par exemple, devraient être plus précisément
examinés.
Certains opérés qui ont perdu
l'odorat faute de débit nasal adéquat perçoivent
cependant une irritation nasale en présence de certaines
substances volatiles :
solvants, gaz d'échappement oignons, poireaux, etc.
De fait, ces substances sont captées par un autre système
sensoriel, le nerf trigéminal, qui innerve largement
toute la surface de la cavité nasale et des cornets.
Chez le sujets normaux, ce nerf fonctionne en complément
du nerf olfactif et signale la présence de concentrations
élevées de substance irritantes volatiles.
Nous voyons que la cavité nasale est un organe complexe
doté de multiples fonctions. On ne peut que souhaiter
que les efforts permettant une meilleure réhabilitation
olfactive des laryngectomisés s'amplifient dans un
avenir proche en France. Il serait judicieux que les recherches
en cours actuellement au niveau mondial soient mieux connues
et appréciées.
12 mars 1999
L'air odorise parvient à la région
olfactive soit par les narines, soit par la bouche lors de
la prise alimentaire. Scanner montrant qu'une grande partie
du volume des cavités nasales est occupé par
les cornets qui jouent un rôle essentiel pour réchauffer
et humidifier l'air inspiré. La région olfactive
qui détecte les substances odorantes ne représente
qu'une faible surface des cavités nasales, près
du cerveau. Elle contient des neurones qui captent les substances
odorantes et transmettent l'information au cerveau via le
bulbe olfactif. Les régions blanches de part et d'autre
des cavités nasales sont les sinus. Les orbites sont
également visibles.
Conférence AG Paris / Archives
de lAssociation / Mars 1999
Les Laryngectomisés et Mutilés de la Voix de
la Région Parisienne
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