Qu'est-ce que la laryngectomie ?

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Base documentaire : Vivre sans larynx > Les handicaps secondaires > L'intérêt de la protection des voies respiratoires

L'intérêt de la protection des voies respiratoires

PROFESSEURS LUBOINSKI, GEHANNO, TRAISSAC

Afin de comprendre l'intérêt de réaliser un dispositif de conditionnement de l'air par un nez artificiel chez le laryngectomisé, et d'apprécier son efficacité, il faut préciser auparavant les mécanismes d'action naturels du système respiratoire physiologique et, inversement, les conséquences d'une respiration directe par un trachéostome sans passage d'air par les voies aériennes supérieures.

Le dispositif physiologique

L'important dans la respiration c'est l'effecteur périphérique : le poumon. A ce niveau, il faut que soit assuré un conditionnement de l'air correct pour que les échanges gazeux puissent se faire correctement. Le gaz alvéolaire est saturé en vapeur d'eau avec une humidité relative de 1 (ou 100%). Sa température est à 37'C. Son contenu en vapeur d'eau est donc de 44 mg/dm3 de gaz.
Ce conditionnement est d'autant plus important que dans l'organisme, le milieu intérieur, le sang - n'est nul part aussi proche du milieu extérieur.
Par ailleurs, l'air est débarrassé de particules et micro-organismes au niveau des voies aériennes supérieures grâce au mucus qui recouvre les cellules ciliées de toute la muqueuse respiratoire. Ce mucus est un tapis protecteur qui dirige les particules et micro-organismes, vers le pharynx et l'oesophage au niveau des voies aériennes supérieures et vers l'oesophage, à partir des bronches et en remontant vers la trachée et le larynx grâce au système d'ascenseur réalisé par l'activité muco-ciliaire dont le rôle est ici encore plus important qu'au niveau des voies aériennes supérieures.
L'efficacité des cils dépend de la fréquence des battements. Celle-ci est conditionnée par des médiateurs nerveux et par la qualité physique du mucus, c'est-à-dire sa fluidité et son volume. En effet, des fibres nerveuses conditionnent l'activité des glandes à mucus.
Les terminaisons nerveuses de l'épithélium respiratoire sont sensibles aux facteurs physiques (température de l'air) et chimiques (présence de nitrates, par exemple).
Ces terminaisons nerveuses sont aussi à l'origine du reflex de défense qu'est la TOUX.

Les conséquences de la laryngectomie

L'absence de conditionnement de l'air par le nez, mais aussi par le pharynx et le larynx, amènent les particules et micro-organismes inhalés à l'inspiration directement dans la trachée et les bronches.
Il se produit ainsi un empoussiérage important avec augmentation de la pollution articulaire au niveau de l'arbre respiratoire inférieur.
• La température de l'air extérieur est de 20'C et, pour 60 % d'humidité, un litre d'air contient 10 à 12 mg d'eau. L'action du nez et du pharynx amène la température de l'air au niveau du larynx à 32'C et près de 95 % d'humidité, puis à 37'C au niveau des alvéoles avec 100 % d'humidité et 44 mg d'eau par litre.
• Après laryngectomie totale, le contact direct de la muqueuse respiratoire avec l'air extérieur entraîne une évaporation du liquide périciliaire, amenant un refroidissement de l'air, donc un défaut de réchauffement. Le froid stimule les terminaisons nerveuses de l'épithélium respiratoire de la trachée et des bronches, crée une stimulation des glandes à mucus et donc une augmentation du volume de mucus qui est difficile à éliminer du fait de l'inefficacité de la toux en l'absence du sphincter laryngé.

Le phénomène est encore plus net en hiver. La diminution de la vapeur en suspension dans l'air, associée à l'augmentation de la qualité de mucus sécrété est à l'origine d'une sensation subjective de sécheresse des voies respiratoires et de la constitution de bouchons muqueux intra-trachéaux. Dès que le contenu en eau augmente, le laryngectomisé éprouve une sensation de bien-être.
Ces modifications du conditionnement d'air entraînent, par ailleurs, une augmentation des épisodes infectieux et, à terme une détérioration de la fonction respiratoire.
Dans tout ce dispositif, les cils sont les éléments les plus sensibles : leur activité diminue avec le froid ou si l'hygrométrie bais se. Avec le temps, les structures de l'épithélium respiratoires se modifient.
La monocouche de cellules épithéliales cylindriques se transforme pour réaliser une structure à plusieurs couches de cellules pavimenteuses: c'est la MÉTAPLASIE malphigienne de l'épithélium avec inflammation du chorion, oedème et disparition progressive de la fonction ciliaire. La kératinisation peut apparaître avec destruction de la membrane base, fibrose, sténose.
Au stade de la métaplasie muqueuse, les lésions sont réversibles si le conditionnement normal de l'air est rétabli. Au stade de fibrose, la régénération devient impossible.

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