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Modifications fonctionnelles après
laryngectomie
Conférence du Pr REGNARD (CHU Besançon)
Après laryngectomie, l'orifice des voies
aériennes vers l'atmosphère est trachéal
(stome). La trachée ne communique plus avec le carrefour
aérodigestif. Cette nouvelle disposition anatomique
a de multiples conséquences.
Les fosses nasales ne sont plus interposées
entre l'air ambiant et les voies aériennes centrales
(trachées et grosses bronches). Ces dernières
ne bénéficient plus de la protection offerte
par la muqueuse naso-pharyngée contre la pénétration
des particules.
Au lieu d'être filtrées à l'entrée
du nez ou de s'impacter sur la grande surface muqueuse des
fosses nasales et du pharynx, les particules inhalées
arrivent entotalité dans la trachée. Cette pollution
particulaire des voies aériennes centrales et distales
se traduit par un empoussiérage plus grand du mucus
(et subjectivement une sensation de sécheresse) et
une augmentation du risque d'infection des bronches et du
poumon profond.
L'absence des fosses nasales et du pharynx entre
l'air ambiant et la trachée supprime l'énorme
capacité d'humidification et de réchauffement
de l'air inspiré qu'offrent ces grandes surfaces de
muqueuse (par exemple, lorsqu'un sujet normal inhale au repos
de l'air à -20°C contenant moins d'un demi milligramme
de vapeur d'eau par litre, cet air est déjà
à 32°C et pratiquement saturé en vapeur
d'eau dans le pharynx).
Après laryngectomie, l'humidification
de l'air inspiré est réalisée par évaporation
du liquide périciliaire, ce qui refroidit la muqueuse
trachéale et bronchique. C'est également à
la muqueuse de la trachée et des grosses bronches qu'incombe
dès lors, le réchauffement de l'air inspiré.
Evaporation et réchauffement sont responsables des
sensations de sécheresse, voire de brûlure au
repos, ou pour des efforts modestes (faibles niveaux de ventilation),
alors que ces sensations de brûlure rétrosternale
n'apparaissent chez les sujets normaux que pour des débits
ventilatoires élevés (80 - 100 I/mn en respiration
d'air sec). Chez les sujets asthmatiques, la ventilation d'air
sec à grand débit déclenche la crise
d'asthme (asthme d'effort).
Chez les sujets laryngectomisés, l'inhalation
d'air sec dessèche le mucus qui est plus difficilement
mobilisé par les cils. D'autre part, le refroidissement
de la muqueuse bronchique est détecté par les
terminaisons nerveuses qui, en retour, stimulent la production
de mucus.
Le volume des sécrétions est augmenté.
La fermeture des voies aériennes en haut de la trachée
ne laisse plus que l'orifice trachéal comme exutoire
au mucus remonté par l'escalator mucociliaire. La disparition
du larynx ne permet plus le mécanisme coordonné
de la toux.
En hiver, les basses températures atmosphériques
réduisent drastiquement le contenu en eau de l'air.
Comme les asthmatiques qui ont davantage de crises d'asthme
à l'effort en air sec, les laryngectomisés sont
davantage gênés par temps froid qu'en été,
lorsque l'atmosphère contient beaucoup plus de vapeur
d'eau. Dans une étude norvégienne, 61 sujets
laryngectomisés ont passé deux semaines aux
îles Canaries en février. Ce séjour en
climat chaud et où l'air est plus riche en vapeur d'eau,
a amélioré très nettement le débit
expiratoire de pointe (DP). Comme le VEMS (volume expiré
maximum en une seconde), le DP est un indicateur de l'état
des voies aériennes et de la fonction respiratoire.
Ainsi, après quinze jours en atmosphère humide,
les sujets de cette étude avaient une impression de
plus grand confort et leur fonction respiratoire était
meilleure.
L'exposition directe aux polluants chimiques
est également capable d'altérer l'appareil respiratoire.
Chez des sujets normaux, l'inhalation buccale de dioxyde de
soufre (15 et 28 ppm pendant 10 min) augmente les résistances
des voies aériennes 3 à 4 fois plus, que si
cette inhalation est faite par le nez.
On imagine donc facilement qu'après laryngectomie,
l'augmentation de l'empoussiérage bronchique et pulmonaire,
l'augmentation du nombre d'épisodes infectieux, la
diminution de l'efficacité de l'épuration mucociliaire,
menacent l'intégrité de l'appareil respiratoire
et peuvent peu à peu altérer ses performances.
L'aptitude d'une ambiance gazeuse à contenir
de la vapeur d'eau est directement liée à la
température, sans influence de la pression.
Conférence AG Paris 1995 / Archives
de lAssociation
Les Laryngectomisés et Mutilés de la Voix de
la Région Parisienne
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