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Base documentaire : La voix de remplacement > La voix oesophagienne > Modalités pratiques de rééducation

Les modalités pratiques de rééducation

Madame D. POTTIER
Orthophoniste CHU RENNES

Avant d'évoquer les différentes méthodes techniques mises en place pour l'apprentissage de la voix oesophagienne, nous préciserons quelques points.

Quand débuter le suivi ?
Même si divers praticiens s'accordent à reconnaître que le plus tôt est le mieux, un apprentissage de la voix oesophagienne peut commencer entre 15 jours et 3 mois après l'intervention, et même au delà. Des études comparatives montrent que le délai relatif au début de la prise en charge n'influe pas sur la finalité des résultats. L'utilité d'une prise en charge précoce réside dans le soutien offert au patient dans cette période difficile : par la prise de conscience de sa respiration, de son schéma corporel en s'adaptant aux nouvelles conditions anatomiques. Un intérêt est que le patient n'utilise pas ce qu'on appelle le "grenouillage" qui altère la parole et risque de gêner la rééducation future. Il arrive cependant que les séances de radiothérapie et une fatigue générale diffèrent le début de la rééducation.

Le rythme des séances
Ici aussi il s'agit de moduler en fonction de la disponibilité et de la motivation du patient. Les premières séances sont primordiales pour travailler l'indépendance du souffle, l'injection, et il est bon quelquefois qu'elles soient très rapprochées. Ensuite 2 à 3 séances hebdomadaires s'avèrent indispensables et si la personne progresse rapidement elle peut reprendre à son domicile certains exercices.

Rééducation en groupe ou individuelle
Chaque formule a son avantage et son utilité. L'acquisition des principes de base passe par un suivi individuel où le thérapeute peut guider et s'adapter aux possibilités de chacun. Les séances de groupe permettent de stimuler par l'effet de groupe l'appétence au langage, l'envie de participer par une moindre inhibition, chaque membre du groupe étant plus ou moins confronté aux mêmes difficultés.

Modalités thérapeutiques
Si le patient peut, dès le réveil, retrouver une certaine communication par l'écrit, la préférence pour l'expression orale plus rapidement spontanée, l'amène à mettre en place d'autres moyens de communication. Vous avez entendu ce matin l'attention qui est portée par l'équipe soignante au niveau de la communication. La voix chuchotée est la première étape qui permet de s'exprimer avec l'entourage, la famille, et les soignants, et demande donc l'indépendance des souffles. Mais ce niveau d'échange devient vite insatisfaisant car inefficace en milieu ordinaire et peu opérant pour une articulation défaillante.
Depuis le début des laryngectomies, plusieurs méthodes coexistent ; elles ont toutes bien sûr leurs avantages et inconvénients.
La voix oesophagienne est une découverte très empirique et de là on a étudié le phénomène en cherchant à en comprendre le mécanisme. C'est "cette compréhension qui a permis de proposer des méthodes mieux définies, plus élaborées, plus précises et qui sont de mieux en mieux étudiées et enseignées".

Sans doute la première est elle la méthode de déglutition. On avale de l'air et on provoque des éructations qui vont permettre d'articuler voyelles, syllabes et mots.
Elle est très simple, facile à comprendre, et peut permettre rapidement la prise de conscience du son oesophagien. Elle a donné et donne d'excellents résultats.

La méthode d'aspiration ou méthode d'inhalation du Seeman décrite en 1925 consiste en un gobage d'air en position inspiratoire. La progression est la même que pour la déglutition, le happage en est une autre variante.

L'école de Marseille a mis au point la méthode des blocages (antérieurs ou postérieurs) pour charger en air l'oesophage.

Mais sans doute celle qui est le plus largement utilisée est la méthode hollandaise, très bien décrite par le Docteur LE HUCHE dans son livre "La Voix sans Larynx" et qui nous parait être la plus élaborée. Elle consiste à utiliser la compression d'air provoquée au début de certaines consonnes pour injecter cet air et si vous êtes détendu cet air va ressortir de lui même en produisant le son. On utilise ainsi "le mouvement de la parole pour la sonoriser, ce qui donne une économie de mouvements et une élocution plus souple".

Comment va-t- on choisir ?
Je pense que la méthode dont le rééducateur a la plus grande expérience est celle qu'il pourra transmettre le plus efficacement à son patient. On la choisit en s'adaptant à chaque sujet pour qu'en fonction de son état, de son comportement, de ses habitudes respiratoires et psychologiques, on lui offre le moyen le plus adéquat d'obtenir ce son. Pour certains cela va être très simple. Ils savent roter et certaines rééducations vont durer peu de temps et procèdent simplement par imitation. Pour d'autres ce sera plus long pour que tensions et blocages se dénouent. On peut même utiliser plusieurs méthodes au début, puis choisir la plus confortable. D'ailleurs le bon parleur utilise souvent plusieurs techniques et la qualité de la voix est susceptible de s'améliorer pendant longtemps.

Ce premier recensement des techniques élaborées et utilisées au cours de ces 20 dernières années témoigne de la pérennité des différentes méthodes qui ont montré leur fiabilité. Les équipes médicales ont d'ailleurs contribuées à en optimiser les résultats, en étudiant les implications du geste chirurgical dans le processus de réhabilitation de la parole. C'est dire que, parallèlement à l'évolution des techniques chirurgicales et des soins infirmiers, la prise en charge orthophonique participe à une meilleure réinsertion du patient par la prise de parole. On ne peut être sujet que parlant. L'évolution passe par une information mieux diffusée au stade préopératoire et vous avez noté l'attention portée par les équipes soignantes à ce problème, mais surtout par l'indication systématique d'une rééducation en plaçant le patient comme acteur du projet thérapeutique. Cette démarche amène quelques constats. Chacun vit son handicap à sa manière. Il y a plusieurs façons de l'apprivoiser et il faut laisser à chacun son temps.

Tout peut arriver, et des conditions anatomiques et psychologiques peuvent s'améliorer pour faciliter cette acquisition. En fait toutes méthodes confondues et quelque soit la technique utilisée il y a ce moment délicat où vous allez devoir vous approprier cette nouvelle voix. A ces moments l'aide d'un ancien opéré ou de l'Association va vous permettre, par le soutien apporté par le groupe, de ne pas vous décourager.

C'est dans cet esprit que l'approche relationnelle de la rééducation va occuper une place privilégiée. Nous restons persuadés qu'au delà de la guidance technique le travail d'apprentissage de la voix oesophagienne nécessite un accompagnement psychologique.

CONGRES DE RENNES 1995
Union des Associations Françaises de Laryngectomisés et Mutilés de la Voix « Le Mutilé de la Voix » N° Spécial Congrès Février 1997

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