Rééducation en groupe ou individuelle
Chaque formule a son avantage et son utilité.
L'acquisition des principes de base passe par un suivi individuel
où le thérapeute peut guider et s'adapter aux
possibilités de chacun. Les séances de groupe
permettent de stimuler par l'effet de groupe l'appétence
au langage, l'envie de participer par une moindre inhibition,
chaque membre du groupe étant plus ou moins confronté
aux mêmes difficultés.
Modalités thérapeutiques
Si le patient peut, dès le réveil, retrouver
une certaine communication par l'écrit, la préférence
pour l'expression orale plus rapidement spontanée,
l'amène à mettre en place d'autres moyens de
communication. Vous avez entendu ce matin l'attention qui
est portée par l'équipe soignante au niveau
de la communication. La voix chuchotée est la première
étape qui permet de s'exprimer avec l'entourage, la
famille, et les soignants, et demande donc l'indépendance
des souffles. Mais ce niveau d'échange devient vite
insatisfaisant car inefficace en milieu ordinaire et peu opérant
pour une articulation défaillante.
Depuis le début des laryngectomies, plusieurs méthodes
coexistent ; elles ont toutes bien sûr leurs avantages
et inconvénients.
La voix oesophagienne est une découverte très
empirique et de là on a étudié le phénomène
en cherchant à en comprendre le mécanisme. C'est
"cette compréhension qui a permis de proposer
des méthodes mieux définies, plus élaborées,
plus précises et qui sont de mieux en mieux étudiées
et enseignées".
Sans doute la première est elle la méthode
de déglutition. On avale de l'air et on provoque des
éructations qui vont permettre d'articuler voyelles,
syllabes et mots.
Elle est très simple, facile à comprendre, et
peut permettre rapidement la prise de conscience du son oesophagien.
Elle a donné et donne d'excellents résultats.
La méthode d'aspiration ou méthode
d'inhalation du Seeman décrite en 1925 consiste en
un gobage d'air en position inspiratoire. La progression est
la même que pour la déglutition, le happage en
est une autre variante.
L'école de Marseille a mis au point la
méthode des blocages (antérieurs ou postérieurs)
pour charger en air l'oesophage.
Mais sans doute celle qui est le plus largement
utilisée est la méthode hollandaise, très
bien décrite par le Docteur LE HUCHE dans son livre
"La Voix sans Larynx" et qui nous parait être
la plus élaborée. Elle consiste à utiliser
la compression d'air provoquée au début de certaines
consonnes pour injecter cet air et si vous êtes détendu
cet air va ressortir de lui même en produisant le son.
On utilise ainsi "le mouvement de la parole pour la sonoriser,
ce qui donne une économie de mouvements et une élocution
plus souple".
Comment va-t- on choisir ?
Je pense que la méthode dont le rééducateur
a la plus grande expérience est celle qu'il pourra
transmettre le plus efficacement à son patient. On
la choisit en s'adaptant à chaque sujet pour qu'en
fonction de son état, de son comportement, de ses habitudes
respiratoires et psychologiques, on lui offre le moyen le
plus adéquat d'obtenir ce son. Pour certains cela va
être très simple. Ils savent roter et certaines
rééducations vont durer peu de temps et procèdent
simplement par imitation. Pour d'autres ce sera plus long
pour que tensions et blocages se dénouent. On peut
même utiliser plusieurs méthodes au début,
puis choisir la plus confortable. D'ailleurs le bon parleur
utilise souvent plusieurs techniques et la qualité
de la voix est susceptible de s'améliorer pendant longtemps.
Ce premier recensement des techniques élaborées
et utilisées au cours de ces 20 dernières années
témoigne de la pérennité des différentes
méthodes qui ont montré leur fiabilité.
Les équipes médicales ont d'ailleurs contribuées
à en optimiser les résultats, en étudiant
les implications du geste chirurgical dans le processus de
réhabilitation de la parole. C'est dire que, parallèlement
à l'évolution des techniques chirurgicales et
des soins infirmiers, la prise en charge orthophonique participe
à une meilleure réinsertion du patient par la
prise de parole. On ne peut être sujet que parlant.
L'évolution passe par une information mieux diffusée
au stade préopératoire et vous avez noté
l'attention portée par les équipes soignantes
à ce problème, mais surtout par l'indication
systématique d'une rééducation en plaçant
le patient comme acteur du projet thérapeutique. Cette
démarche amène quelques constats. Chacun vit
son handicap à sa manière. Il y a plusieurs
façons de l'apprivoiser et il faut laisser à
chacun son temps.
Tout peut arriver, et des conditions anatomiques
et psychologiques peuvent s'améliorer pour faciliter
cette acquisition. En fait toutes méthodes confondues
et quelque soit la technique utilisée il y a ce moment
délicat où vous allez devoir vous approprier
cette nouvelle voix. A ces moments l'aide d'un ancien opéré
ou de l'Association va vous permettre, par le soutien apporté
par le groupe, de ne pas vous décourager.
C'est dans cet esprit que l'approche relationnelle
de la rééducation va occuper une place privilégiée.
Nous restons persuadés qu'au delà de la guidance
technique le travail d'apprentissage de la voix oesophagienne
nécessite un accompagnement psychologique.
CONGRES DE RENNES 1995
Union des Associations Françaises de Laryngectomisés
et Mutilés de la Voix « Le Mutilé de la
Voix » N° Spécial Congrès Février
1997