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Base documentaire : Les voix de remplacement > La réhabilitation vocale > La réhabilitation vocale

La réhabilitation vocale

Historique

Mr ALLALI Orthophoniste ADMRV PARIS

Le problème de la réhabilitation vocale des laryngectomisés n'a jamais cessé d'être d'actualité depuis la première laryngectomie pratiquée par BILLROTH en 1873.
Depuis 122 ans, des chirurgiens, des médecins, des ingénieurs, des fabriquants d'instruments médicaux, des rééducateurs, des amis d'opérés, mais également des
opérés eux mêmes, ont proposé une multitude de procédés pour redonner la voix à ceux dont le larynx a été enlevé : larynx artificiels, prothèses pneumatiques,
procédés chirurgicaux divers, prothèses électriques, méthodes rééducatives et depuis une douzaine d'années, prothèses phonatoires internes et canalisations
muqueuses trachéo-oesophagiennes, tout ceci dans un débordement d'imagination exceptionnel !

Sur le plan de la rééducation vocale, ces dernières années comprennent schématiquement deux périodes :

Une très calme allant de 1970 à 1985, et une véritable révolution de 1985 à aujourd'hui.

Avec mon maître et ami le Docteur François LE HUCHE nous avons rédigé un ouvrage sur "La Réhabilitation Vocale après Laryngectomie Totale" paru chez
MASSON il y a deux ans : au cours de nos recherches concernant l'historique de cette réhabilitation, ces deux périodes nous sont apparues bien distinctes :

Entre 1975 et 1985. En France, la réhabilitation vocale des laryngectomisés était assurée de façon satisfaisante grâce au traitement rééducatif. Dans 60 % des cas en moyenne, une voix œsophagienne fonctionnelle pouvait être acquise. La qualité parfois excellente de cette voix suscitait souvent l'admiration à l'étranger, en particulier aux Etats Unis où les prothèses externes étaient davantage utilisées.
Cette avance indiscutable pouvait être expliquée par trois raisons : une prise en charge généreuse de la rééducation vocale par la Sécurité Sociale, la création à partir de 1962 de centres spécialisés assurant la rééducation en internat et l'affinement des méthodes d'acquisition de la voix œsophagienne. Ainsi donc, tout allait pour le mieux dans le monde de la réhabilitation vocale des laryngectomisés.
La petite "guerre des méthodes'" venait de prendre fin. On s'était rendu compte au bout d'une quinzaine d'années de discussions que loin de s'opposer, les manières de faire se complétaient heureusement.

De 1985 à aujourd'hui. Depuis plus de 12 ans, après bien des tâtonnements, une révolution s'est opérée aux Etats Unis et en Europe avec l'apparition des prothèses internes et l'avènement de la voix trachéo- œsophagienne. A nouveau en France, une opposition surgit : cette fois entre la voix œsophagienne classique et la voix "prothétique". Certains chirurgiens laissent entendre que la rééducation vocale ne présente quasiment plus d'intérêt à partir du moment où une prothèse interne a été mise en place, Des rééducateurs en viennent même à se demander s'il est alors nécessaire de s'intéresser à tous ces boutons phonatoires, implants, fistules, valves et à leur cortège de complications et s'il est encore bien utile de former les orthophonistes à l'enseignement de la voix œsophagienne classique. Quant au Servox et autres "laryngophones", ils devraient désormais faire partie des antiquités.
A l'inverse, d'autres chirurgiens pensent que la prise en charge orthophonique est fondamentale dans ce formidable mode de réhabilitation mais que la plupart des rééducateurs en négligent l'intérêt.

Par chance, une nouvelle "guerre" n'a pas eu lieu car très vite l'accord a été général pour reconnaître que, malgré la qualité remarquable de la voix trachéo-oesophagienne, il n'est pas question de faire aussi vite table rase des autres procédés de réhabilitation vocale.

Actuellement, il devient parfois difficile pour les opérés de s'y retrouver parmi les trois possibilités de réhabilitation vocale : la voix trachéo œsophagienne, très satisfaisante sur le plan phonique mais qui présente quelques contraintes et réclame un suivi prolongé, la voix oro œsophagienne (voix œsophagienne classique) plus difficile à acquérir mais sans contrainte ni suivi, les prothèses externes qui constituent pour le moment encore une solution de pis aller mais qui techniquement sont sûrement améliorables.

Congrès Rennes 1995
Union des Associations Françaises de Laryngectomisés et Mutilés de la Voix
« Le Mutilé de la Voix » N° Spécial Congrès Février 1997

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