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Les débuts
Pr.
TROTTOUX (Hôpital
Boucicaut PARIS)
Remplacement du
pharynx par un transplant libre d'intestin grêle.
A
la fin de l'année 1979, lors du Congrès (le
Microchirurgie de Nancy, une rencontre heureuse avec le Docteur
Michel GERMAIN, alors chef de clinique assistant à
l'hôpital Vaugirard, nous fit, en un instant, réaliser
l'intérêt des transplants libres digestifs dans
la reconstitution du pharynx. Pour certains cancers très
étendus nous n'avions pas d'autre alternative que l'abstention
thérapeutique (toujours véritable drame humain),
la radiothérapie exclusive, peu performante dans cette
indication ou l'usage de lambeaux cutanés à
nos yeux peu satisfaisants. On pouvait aussi ascensionner
l'estomac ou le colon à travers le thorax, mais le
caractère très lourd de ces interventions, calquées
sur le traitement chirurgical des cancers de l' œsophage,
était il toujours justifié ? Etait il aussi
toujours possible sur les malades très fatigués
que nous avions à prendre en charge ?
Michel
GERMAIN présentait à ce congrès ses premiers
résultats de l'utilisation du jéjunum en transplant
libre qu'il avait réalisé pour des brûlures
caustiques du pharynx et après ablation de très
gros cancers. Le contact fut immédiat, trois mois plus
tard la première intervention eut lieu dans le service
ORL de Boucicaut qui, à ce jour, regroupe avec 20 cas,
la plus importante série française réalisée,
suivie et étudiée dans le même centre.
Pour comprendre ce qu'apporte l'utilisation des transplants
libres, il nous faut envisager successivement trois points
: Le problème posé par la suppression complète
du pharynx, la solution proposée à Boucicaut,
notre expérience.
LE PROBLEME POSE PAR LA SUPPRESSION COMPLETE DU PHARYNX
On
peut se passer de larynx, on ne peut pas se passer de pharynx.
La rééducation de la voix par acquisition d'une
voix dite œsophagienne, ou au pire l'écriture
permettent la communication. Le problème respiratoire
est réglé par la trachéostomie.
La
conservation d'un passage pour les aliments et la salive entre
la cavité buccale et l' œsophage est une nécessité
absolue. On n'imagine pas l'idée d'une gastrostomie
définitive délibérée, du moins
tant que le malade avale un peu. De toute façon elle
ne résoudrait pas le problème de l'évacuation
de la salive. Heureusement la plupart des cancers du pharynx
que nous rencontrons, nous permettent de garder suffisamment
de muqueuse pharyngée pour réaliser "un
tube" unissant la cavité buccale et l'œsophage
après pharyngo-laryngectomie totale.
Mais si le cancer fait le tour du pharynx, son traitement
chirurgical ne nous laisse aucune possibilité de rétablir
la continuité. Il faut réaliser une pharyngo-laryngectomie
circulaire. Il reste en haut la base de langue et la section
de la muqueuse postérieure, en bas le début
de l'œsophage. Entre les deux : rien... Aucune prothèse
ne peut être envisagée.
LA SOLUTION PROPOSEE A BOUCICAUT
: LE 3e JEJUNUM EN TRANSPLANT LIBRE
L'idée
de transposer un organe creux venu d'ailleurs pour combler
un manque n'est pas originale. Comme nous l'avons dit, on
peut amener l'estomac ou le colon à travers le thorax
en gardant leur vascularisation. Ce sont des transplants pédiculés.
On peut utiliser dans le même esprit des lambeaux musculocutanés
de grand pectoral ou de grand dorsal dont on fait un tube.
Ces procédés ont leurs indications et peuvent
être le seul recours. Nous les utilisons lorsqu'il sont
nécessaires.
Nous
préférons, quand cela est possible, utiliser
le transplant libre du 3e jéjunum. L'opération
se déroule à deux équipes travaillant
simultanément : l'équipe cervicale enlève
en bloc le larynx (toujours atteint en même temps) et
le pharynx, et réalise un évidement bilatéral
du cou qui supprime toutes les chaînes ganglionnaires
généralement envahies. L'équipe abdominale
prélève le greffon intestinal, le mésentère
et les vaisseaux correspondant repérés par transparence.
Ils ne seront sectionnés que lorsque l'intervention
d'exérèse cervicale sera terminée et
les vaisseaux du cou parfaitement libérés.
La
continuité de l'intestin est rétablie par suture
termino-terminale pendant le temps. Le greffon entièrement
libre et indépendant est alors détaché
de la cavité abdominale et posé sur le plan
musculaire qui recouvre les vertèbres cervicales. Les
vaisseaux du jéjunum sorti suturés aux vaisseaux
du cou ; en règle nous utilisons la carotide externe
pour revasculariser l'artère jéjunale et nous
branchons la veine jéjunale sur la veine jugulaire
interne. C'est le temps le plus délicat effectué
sous microscope à l'aide de fils 10/0. Le jéjunum
reste 40 minutes privé de tout apport sanguin, dans
de la glace.
Les
clamps, sont levés. On vérifie l'étanchéité
des sutures. Le jéjunum se recolore, se contracte et
sécrète. Il ne reste plus alors qu' à
suturer son extrémité supé rieure à
la langue et à la section muqueuse postérieure,
et son extrémité intérieure à
l' œsophage. La continuité est rétablie.
L'état de nos malades justifie généralement
un court séjour dans le service de réanimation,
mais la reprise d'une alimentation par la bouche est en moyenne
obtenue vers le 11eme jour.
NOTRE EXPERIENCE
Elle
porte sur 20 cas. Le chiffre peut paraître faible en
8 ans mais les indications sont rares et doivent être
posées à bon escient. C'est cependant la plus
importante série française surveillée
dans le même centre et saluée comme telle par
l'ensemble des services français de Chirurgie cervico-faciale.
Des allemands, des italiens, des chinois sont venus voir la
méthode.
Notre ami, Michel GERMAIN fait état de71 cas, réalisés
dans divers centres dont le Nôtre. Il a eu l'occasion
d'appliquer la méthode avec succès au traitement
des sténoses caustiques chez l'enfant après
ingestion de Destop (produit ô combien dangereux).
Nous
avons eu deux échecs locaux par nécrose. L'un
d'eux a pu être rattrapé par ascension de l'estomac
transthoracique. Il est vivant deux ans après l'intervention.
Trois malades sont morts de complications générales
(insuffisance rénale, infection pulmonaire en cours
de radiothérapie, septicémie), complications
qui ne sont pas directement imputables à l'utilisation
du transplant. Nous avons eu des récidives locorégionales
rapides, ce sont des cancers étendus, graves, survenant
sur des terrains fragiles. Notre plus longue survie est de
8 ans.
Pour les malades vivants, certains ont dépassé
4 ans, 3 ans, 2 ans de survie. Tous ont bénéficié
d'un confort de vie équivalent à celui de nos
laryngectomisés classiques. Ces interventions sont
longues (moyenne 10 heures), difficiles mais humainement acceptables.
Nous
avons présente notre expérience devant la Harvard
School, à l'Académie de Chirurgie, à
la Société d'ORL et Chirurgie Cervico-faciale
des Hôpitaux de Paris, et tout récemment au Congrès
International de Chiruirgie (Léopolis) à Lyon.
Une présentation est en préparation pour le
premier Congrès Européen d'ORL et de pathologie
cervico-faciale à Paris, et pour la Société
Française de Carcinologie cervico-faciale.
TRANSVERSALES
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